Marraine : Danielle BRIOT

Danielle BRIOT

L'éditorial de la marraine - Automne 2020

Dans mon dernier éditorial, je parlais bien sûr de la pandémie qui a changé notre façon de vivre. Nous espérions que les mesures de limitation ne seraient bientôt qu’un mauvais souvenir, mais hélas comme trop souvent, tout est toujours plus compliqué. Quand retrouverons-nous une vie plus légère, moins tragique ? Cet éditorial est écrit pendant ce qu’il est convenu d’appeler le deuxième confinement, mais même pendant la phase entre deux confinements nous n’avions pas retrouvé “la vie d’avant” et toutes ses libertés. Prudence et patience, voilà quelle pourrait être notre devise actuellement.

Je parlais aussi du nouveau cycle du Soleil qui commençait et qui est maintenant confirmé. L’activité du Soleil, qui peut être détectée par le nombre de taches observées à un moment donné sur la surface du notre étoile, taches qui sont observées depuis le début du XVIIème siècle, obéit à un cycle de 11 ans environ. Sur chacun des deux hémisphères solaires ces taches présentent une polarité magnétique différente. En période de basse activité solaire (on parle alors de Soleil calme) on peut donc savoir si les quelques taches qu’il est possible d’observer correspondent au cycle finissant ou au cycle commençant. L’activité solaire est plus ou moins intense d’un cycle à un autre. On a cherché à mettre en évidence un cycle plus général qui permettrait de prévoir dès le début d’un cycle de 11 ans le niveau d’activité qu’il montrera à son maximum. Le nouveau cycle, qui porte le numéro 25 devrait être un cycle faible. Rendez-vous dans cinq ans pour vérifier cette hypothèse !

Il y a quelques semaine, un article dans la très sérieuse revue scientifique Nature Astronomy annonçait la découverte de phosphine (une molécule formée d’un atome de phosphore et de trois atomes d’hydrogène) dans l’atmosphère de Vénus, ce qui, disant l’article, pourrait indiquer la présence d’une vie extraterrestre. Bien évidemment, la recherche d’une vie extraterrestre étant, à juste raison, l’un des plus importants domaines actuels de la recherche astronomique, une telle nouvelle fut reprise à l’envi dans la presse et les média et très largement diffusée vers le public. Cependant, cette nouvelle souleva immédiatement une vague de scepticisme chez d’autres scientifiques spécialistes de l’atmosphère des planètes et de la recherche de la vie ailleurs que sur la Terre. Tout d’abord, la présence de phosphine ne semblait pas si évidente. Ils trouvaient que les auteurs de l’article avaient sauté un peu vite à cette conclusion. Et ensuite, ils considéraient que ce n’est pas parce qu’il n’avait pas été possible d’expliquer la présence de phosphine par un processus purement physique que l’origine en était biologique. Rappelons que jusqu’à présent, la planète Vénus n’était pas considérée comme un bon candidat pour la recherche d’une vie : la température à sa surface est de 460°C environ, la pression y est de l’ordre de 92 bars et la forte présence d’acide sulfurique ne facilite sûrement la présence de vie. Très peu de temps après, une étude ultérieure de recherche de phosphine dans un autre domaine de longueurs d’onde n’a pu que constater son absence. Ceci montre qu’il importe de ne pas sauter trop vite à des conclusions sensationnelles mais aussi que la communauté scientifique peut réagir rapidement à un manque de rigueur dans des résultats annoncés, a fortiori lorsque ces résultats ont donné lieu à une très forte diffusion médiatique.

Et pour finir une mauvaise nouvelle pour les astronomes : le radiotélescope Arecibo, qui a commencé à être opérationnel au début des années soixante et a été longtemps le plus grand radiotélescope au monde, va être définitivement démonté. Il y a trois ans il avait été endommagé par un ouragan et les réparations n’étaient pas terminées qu’un câble, puis un autre, se sont rompus. Il n’est plus réparable, a-t-on estimé. Il est à l’origine de très nombreuses et très importantes découvertes astronomique et sa beauté spectaculaire lui valu de figurer dans de nombreux films. Les astronomes du monde entier expriment leurs regrets en détaillant tout ce que ce magnifique instrument a représenté pour eux.

Danielle BRIOT
Astronome à l'Observatoire de Paris
Marraine d’A toi les Etoiles

Biographie

Astronome-astrophysicienne à l'Observatoire de Paris Danielle Briot mène ses recherches parallèlement sur plusieurs sujets : l’astrophysique des étoiles bleues, les planètes extrasolaires et la recherche de la vie dans l’Univers, ainsi que sur l’histoire de cette  science en pleine expansion qu’est l’astrobiologie. Elle se consacre également à la diffusion de l'astronomie avec des cours, des articles de popularisation de la science, et de nombreuses conférences tant en région parisienne qu'en province. Elle participe à l’enseignement destiné aux professeurs à l’observatoire de Paris-Meudon. Depuis plus d’une quinzaine d’années, elle a développé cette forme d’enseignement spécial qui consiste à faire découvrir l’astronomie à des détenus par des cours, des conférences et même des observations nocturnes dans différentes prisons à Paris et en province. 

Ses résultats scientifiques sont publiés dans des revues spécialisées, par exemple Astronomy and Astrophysics, Astrobiology, International Journal of Astrobiology, ainsi que dans des comptes-rendus de colloques et congrès scientifiques. Elle a contribué à un livre sur l’histoire de l’astrobiologie et à un livre sur la formule de Drake, qui concerne la probabilité d’entrer en contact avec une civilisation extraterrestre.

Pendant 3 ans, en co-signature, elle a publié chaque mois dans la revue l’Astronomie des articles d’initiation sur l’astrophysique des étoiles. Ces articles ont été réunis pour former un livre « Ce que disent les étoiles » dont le but est de faire connaître au plus grand public ce que sont les étoiles, comment et pourquoi elles brillent, comment elles naissent, vivent et meurent. Elle a ensuite publié dans la même revue pendant 2 ans des articles sur les planètes extrasolaires.

Bibliographie

2013 : CE QUE DISENT LES ÉTOILES (éditions Belin) co-écrit avec Noël Robichon.

Parrain : Jean-François PELLERIN

Jean-François Pellerin

L'éditorial du parrain - Automne 2020

Et de trois… le début de l’été aura vu le départ courant juillet d’une flopée de trois missions robotiques martiennes. Le départ de ces engins fût épique avec le Covid-19. Les bases spatiales devant se plier à des normes de protection et d’hygiène strictes, dont le port du masque, et le respect des distances sanitaires entre les ingénieurs et techniciens. Il faut avouer que l’on a déjà coutume dans l’exploration planétaire de stériliser les robots, et d’effectuer les opérations d’intégration en salle blanche. Le premier pays à ouvrir le bal vers la planète rouge est les Emirats Arabes Unis, avec leur sonde Hope, qui se placera en orbite en 2021 autour de Mars. Elle a été envoyée depuis la base de Tanegashima au Japon, à l’aide d’une fusée H-2 le 15 juillet 2020. Le deuxième tir concerne la sonde chinoise et son rover, envoyée le 23 juillet 2020, à l’aide d’une fusée Longue Marche 5 depuis le Centre spatial de Wenchang. Enfin le dernier tir étant pour le rover américain Perseverance, et son petit drone-hélicoptère Engenuity, lancé le 31 juillet 2020 depuis Cap Canaveral, Ces trois engins devant arriver vers et sur Mars entre février et mai de l’année 2021. Pour les Emirats Arabes Unis, ce sera une grande première. Non pas au sol, mais sur orbite, pour étudier l’atmosphère de la planète. Pour la Chine, elle deviendra, après les États-Unis, la première nation à faire rouler un rover sur Mars. Certes plus léger que le rover Perseverance de la Nasa, qui lui pèse environ 1200 kg au sol, soit un peu plus que Curiosity en activité sur Mars depuis 2012. La grande première sera de faire voler un petit hélicoptère du nom d’Engenuity au-dessus de Perseverance. La cerise sur le gâteau aurait été de voir décoller un quatrième engin, prévu lui aussi pour 2020, mais reporté à 2022 : à savoir Exomars-2020. Un projet euro-russe avec un Lander russe, et le rover Rosalink de l’ESA. Pour cause de Covid-19 et de retards dans les essais des parachutes hypersoniques, malgré le renfort de la Nasa, il faudra patienter deux ans de plus.

L’été 2020, c’est aussi l’extraordinaire sans faute du premier vol habité privé de l’entreprise Space-X d’Elon Musk. Ce vol fut réalisé à l’aide de la mission Dragon-Demo-2. Après un décollage fin mai à l’aide d’une fusée Falcon-9, les deux astronautes Bob Behnken et Doug Hurley, (tous deux vétérans issus de deux missions de la navette spatiale), parviennent sur la Station Sspatiale I.S.S. 19 h plus tard. La fin de la mission se terminera avec succès dans le Golfe du Mexique, avec un retour après près de 65 jours de vol, et selon un processus bien rôdé qui avait déjà été testé en 2019 sans équipage avec Demo-1.

La belle saison aura été aussi l’occasion pour Space-X de compléter sa grappe de satellites Starlink qui représente environ 700 satellites ! Un record ! Et ce n’est pas fini pour cette année.

L'événement marquant de cet été également, c’est le retour en vol d’Ariane 5 après 5 mois d’arrêt des tirs depuis Kourou (Vol VA253), et de la petite fusée italienne Vega VV16, pour mettre à poste 53 satellites en un vol. Le record était détenu jusqu'à présent par l’Inde, avec 107 satellites en un vol. On a aussi appris le report du premier tir d’Ariane 6 (dont le test du moteur Vulcain a eu lieu avec succès à Vernon), au deuxième trimestre 2022, ainsi que le tir de la nouvelle fusée italienne VEGA-C au premier semestre 2021. Malheureusement une VEGA classique a connu un nouvel échec, le 17 novembre dernier.

De même, le tir vers la Lune à vide de la fusée SLS aura lieu au plus tôt fin 2021. Des essais sur banc de son premier étage avec moteurs sont actuellement en cours.

Alors que les Chinois roulent sur la face cachée de la Lune avec le petit rover Yutu-2, ils se préparent à lancer le 23 novembre prochain une sonde lunaire, chargée de ramener pour la fin de cette année des échantillons. Ce qui ferait de la Chine la troisième nation du monde à ramener des roches lunaires après les États-Unis en 1969 avec Apollo 11, et les Soviétiques en 1970 avec Luna 16.

Le 16 novembre 2020 a eu lieu vers la Station Spatiale Internationale le premier vol habité opérationnel du Dragon Crew-1. Ce vol emporta un équipage de 4 astronautes dont un japonais, qui séjourneront 6 mois à bord de la station.

Par ailleurs, cet été nous avons aussi appris que Thomas Pesquet allait repartir pour un deuxième vol à bord de la Station Spatiale Internationale, et qu'il y séjournera six mois. Il décollera fin mai 2021, à l’aide d’une Falcon-9, et d’une capsule Dragon de Space-X.

Boeing Starliner CST-100, le deuxième vaisseau commercial privé américain accuse quant à lui un vrai retard. Il ne décollera pas avant 2021, pour le vol inhabité vers la Station Spatiale, suivi du vol avec équipage.

Dernière information datant de la fin de l’été 2020 : on vient de découvrir de la phosphine dans l’atmosphère de Vénus. Peut-être une trace de vie extraterrestre... À suivre. Cette découverte relance l’exploration de cette planète comme l’a confirmé le patron de Roscosmos (l’agence spatiale russe), qui souhaite envoyer sur vénus une mission de retour d’échantillons…

En cette rentrée 2020, c’est aussi la venue d’une nouvelle administration pour diriger les États-Unis, avec, peut-être, des modifications pour le programme spatial Artemis, mission qui doit amener des hommes sur la Lune. Ces modifications pourraient intervenir au niveau du planning et du délais. Nous en reparlerons. On sait déjà que l’actuel administrateur de la Nasa quittera  ses fonctions en janvier 2021.

Bonne rentrée.

Jean-François PELLERIN
Journaliste scientifique
Parrain d’A toi les Etoiles

Biographie

Jean-François Pellerin est journaliste scientifique, membre de l’AJPAE, spécialisé dans l’Aéronautique, le Spatial et l’innovation technologique.

Né en 1962 (l’année de la création du CNES et du premier Américain envoyé sur orbite : John Glenn) dans la ville natale du Judoka David Douillet. Il se passionne pour l’Aventure spatiale depuis 1972, l’année des dernières missions Apollo sur la Lune.

Diplômé d’une école d’Informatique (SUPINFO 83), il travaille pour la firme européenne ARIANESPACE. Ce qui lui vaudra, en rédigeant des manuels de référence des Télémesures des vols de participer à deux commissions d’enquête d’échecs du lanceur Ariane (V15 et V18). En 1987 il participe de façon très active au Plan d’Entreprise de Réorganisation d’Arianespace, en travaillant sur le projet de mise en place d’un système de Visioconférence par satellite entre la société à Evry (près de Paris) et le Centre Spatial de Kourou.

En 1988, sa candidature est retenue dans une sélection finale de cinq européens, pour travailler en tant qu’informaticien sur le Programme de station orbitale Columbus au sein de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) en Hollande.

Il travaille ensuite pour la Division Avions de la société Aérospatiale (aujourd’hui EADS Airbus) à Toulouse, en tant qu’ingénieur en gestion de projet sur le programme Airbus A340.

Entre 1991 et 1996 il crée et développe la marque commerciale OMNISPACE, pour vulgariser la conquête de l’Espace et la mettre à la portée du public et pour expliquer les enjeux et les défis de l’Homme dans l’espace, c’est ainsi qu’en 1991 il édite des livrets thématiques avec des diapositives.

A partir du milieu des années 90, il adhère au Cosmos Club de France d’Albert Ducrocq et effectue avec succès une reconversion dans la presse, en suivant un cycle de D.E.S.S. en communication et journalisme scientifiques (presse écrite et radio), et obtient un diplôme ès Science Technologie et Société au Arts et Métiers de Paris qui intègre le cours de socio-économie de la technique spatiale (cours du professeur André Lebeau, ancien Président du CNES), et celui de gestion de l’innovation en entreprise.

En 1995 il conseille la cinquième chaine, pour réaliser une émission de TV : à savoir, la réalisation d’une opération vidéo exceptionnelle entre le site Disneyland Paris et la station orbitale russe Mir pendant plusieurs heures avec un public de jeunes européens présents au sol et représentant l’ESA, venus dialoguer avec les astronautes.

En 1996, il effectue une mission en tant que premier journaliste civil au sein du SIRPA de l’Armée de l’Air et couvre l’actualité du premier scientifique français J.-J. Favier, volant sur la navette spatiale Columbia STS-78 et aura d’ailleurs à cette occasion le privilège de rentrer en communication avec lui par radio.

En 1998, il effectue une mission en tant que consultant ‘ESPACE’ pour le compte de France 3 et l’émission scientifique ‘C’est pas Sorcier’. Il écrit des articles spécialisés et de vulgarisation dans des magazines de sciences, d’Astronomie et d’Aéronautique (18 revues) et donne des conférences (300), il fait d’ailleurs partie de l’équipe des conférenciers du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget depuis 1998.

Depuis 2006 Il publie des ouvrages spécialisés et de vulgarisation sur l’Espace dont un livre de référence (cf. bibliographie). Membre de l’AAMA et de la SAF (Société Astronomique de France), il est aussi depuis 2010 Administrateur de la Mars Society Française.

Bibliographie

Jean-François Pellerin est l’auteur des ouvrages suivants :

  • 1991 : 10 ANS DE NAVETTES SPATIALES AU SALON DU BOURGET (livret de 20 pages + diapositives).
    30 ANS DE VOLS SPATIAUX HABITES SOVIETIQUES (livret de 20 pages + diapositives) (Editions Omnispace).
  • 2006 : GUIDE DES COMBINAISONS SPATIALES ET DU VOL HABITE (Tessier & Ashpool ltd).
    Préfacé par l’astronaute Jean-Jacques Favier, 284 pages, 400 illustrations N/B et couleur.
  • 2009 : LES GRANDES HEURES DES PIONNIERS DE L’ESPACE,  EXPLOITS, RECORDS, CATASTROPHES (A2CMédias). Portfolio couleur 16 pages, 192 pages.
  • 2010 : 50 INVENTIONS DE NOTRE QUOTIDIEN TOMBEES DU CIEL (L’Esprit du Livre Editions).
    L’ESPACE UN DEFI DU TROISIEME MILLENAIRE, 160 pages, tout illustré photos N/B et couleur.
  • 2011 : AVENTURES DANS L’ESPACE - 20 RECITS AUTHENTIQUES (A2CMédias)
    Préfacé par l’astronaute Patrick Baudry, 222 pages, portfolio couleur de 24 pages. (Réédité fin 2012)
  • 2013 : EMBARQUEMENT POUR MARS – 20/25 (LES) DÉFIS À RELEVER (A2CMédias), co-dirigé avec Richard Heidmann, et Alain Souchier et Pierre Brisson + un Collectif d’auteurs et de rédacteurs de l’association Planète Mars (Mars Society).
    Préfacé par l’astronaute Thomas Pesquet, 220 pages. (Réédité fin 2015 avec Postface Romain Charles, Edition 3, parue en mai 2017, portfolio couleur 24 pages avec photos du vol de T. Pesquet).
  • 2014 : 100 INVENTIONS TOMBÉES DU CIEL (A2C Médias)
    Préfacé par l'astronaute Jean-Loup Chrétien, 200 pages tout illustré + portfolio couleur de 24 pages.

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